Varela : les limites de la science
“Observez un cafard, il court sur le sol, puis, sans transition, monte un mur et se retrouve au plafond. Les notions d’horizontale, de verticale, d’envers, n’ont absolument pas le même sens pour lui que pour nous. Son monde mental n’a rien à voir avec le nôtre. Peut-être l’imagine-t-il plat ? Cette différence ne vient pas de son minuscule cerveau. Pour le comprendre, il vaut mieux regarder ses pattes. Pendant des années, j’ai étudié les deux mille cinquante-trois senseurs de la deuxième patte du milieu d’un cafard ! L’insecte agit dans le monde sans aucune prévision sur l’environnement. Il le fabrique, il le construit, et s’y adapte depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, dans le cadre de la vie artificielle, on construit des robots sur le modèle de l’insecte, sans cerveau central mais avec des senseurs. Ils se débrouillent bien mieux dans des environnements imprévisibles que tous les robots conçus selon les vieilles méthodes du traitement central de l’information et de l’intelligence artificielle.

Pourquoi ? La science avait séparé l’intelligence de la vie, de l’histoire corporelle d’individus autonomes lancés dans un environnement. Elle s’est retrouvée dans une impasse.
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